La belle saison : l’incitation à lire con
Dès que les bureaux sont désertés et les plages bondées, l’industrie de la presse et de la littérature considèrent ipso facto que les lecteurs ont laissé leur cerveau et leur bon goût au vestiaire au profit d’un maillot de bain échancré. Et qu’au sortir de l’été, refleuriront les idées dans les crânes. D’où le concept aberrant de la rentrée littéraire. Il existerait donc des saisons neuronales, en somme, et l’été en serait la creuse.
Les livres mis en valeur par la Fnac (niçoise) véhiculent un mépris outrancier du lecteur, tant de la part de l’auteur que de la part du prestigieux bazar. Les livres vous apprennent désormais comment marcher avec des talons aiguilles, ou comment relever gracieusement votre jupe pour améliorer vos chances de prendre un taxi en plein-Paris, comment éviter les cernes après une soirée arrosée comme si c’était votre souci primordial ou comment nourrir votre petit ami en le considérant tel un lapin herbivore.
Il est également question de la baisse de qualité ponctuelle de la presse dite sérieuse, puisque la presse féminine et la presse à sensations prennent leurs lecteurs toute l’année pour des écervelés Mais comment décrire cette sensation de désarmement qui s’empare d’un lecteur avide et qui se rappelle avec abattement la saison et son corollaire indésirable qu’est la médiocrité médiatique ?Comme si, à suivre consciencieusement l’actualité politique et financière toute l’année et tant bien que mal, l’on s’intéressait soudain au nombre de fausses blondes en France, à la sensation d’avoir 20 ans en 2008 ou encore sur les 60 bons plans bidons que tout le monde connaît et qui s’avèrent aussi utiles et révolutionnaires que les régimes miraculeux conseillant la sempiternelle alimentation équilibrée et la pratique régulière de sport.
L’on appelle ça de la littérature de plage. Ou de la lecture légère. À croire que le contenu est moins digeste quand il fait beau. Ou que c’est la qualité qui est lourde.
Elle se fait attendre, ma mise à jour sérieuse.
Le Parti Socialiste français a un défaut majeur : ses dirigeants. Au lieu de s’occuper avec intelligence d’un bon programme pour les français, ils préfèrent s’affairer à de puérils tirages de couettes et de barbichettes qui décrédibilisent le parti, ou du moins ce qu’il en reste. Un tirage dans les pattes qui engendre un handicap pédestre de taille. Et si ce talon d’Achille devait avoir une surface épidermique qui expliquerait grandement sa fragilité, un maudit centimètre carré qui provoquerait inévitablement la destruction, nul doute que ce serait Jack Lang, la girouette notoire.
Notre époque porte incontestablement le sceau de l’exhibitionnisme, fardeau atavique transmis par une ancienne limitation des libertés. À la manière de quelques pubères qui font durer interminablement leur crise adolescente et qui invoquent l’inhibition antérieure de leurs émotions au moindre reproche, l’individu moderne se plaît à faire étalage de tout et de n’importe quoi, de l’important et du futile, du personnel et du public ; en somme, de ce qui est bon à savoir comme de ce qui ne l’est pas. Et cet exhibitionnisme est rentré dans les mœurs, ne vous en déplaise. En atteste la popularité des skyblogs, où la pudeur est plus honnie que la bonne orthographe – c’est dire. Ou encore, la personne même du président de la République française. Sarkozy, dans une impulsion intimiste, a estimé nécessaire de créer une complicité entre le peuple français et lui. D’où un déballage consciencieux de se vie privée et de ses amours. Mais ne ressassons point ce qui est parfaitement su, et revenons au très-in exhibitionnisme.
En des temps où le consensuel est de rigueur, il est de bon ton de recourir avec malice aux synonymes trompeurs. Comment véhiculer un message plus méprisant que la plus cruelle raillerie ? Plus insultant que la plus ordurière des avanies ? Il s’agit de varier les expressions polies. La courtoisie est arme, la société artillerie. En user, c’est s’amuser. Branche méritante de l’art de la rhétorique et ultime soubresaut linguistique. Où l’on joue de la méchanceté inique et où l’on cabriole dans l’ironique. Avec classe. Point de hardiesse crasse. Sous couverts de courage, l’ostentation est plénière. Plaidant le brave langage, l’attaque devient grossière. Ce n’est donc point par couardise que la subtilité est de mise. Quand la forme se bride, le message est dense. Et le plaisir intense. Les sous-entendus sont pernicieux. Leur venin est gracieux. […]
Une théorie abracadabrantesque qui prouve que la stupidité est indubitablement liberticide. La tolérance abusive, en pire. Il n’est plus question d’esprit critique, mais de jalousie. Dans tous les cas, on aime. On ne peut qu’aimer. Evidemment. Soit l’on est frustré et on le cache, soit on le proclame et on devient « trop sympa ». Groupie ou rageux, choisissez votre camp. Bienvenue dans le monde de la pensée unique où tout le monde est jaloux. Rageur. Envieux.