Les européennes sont finies. Pas sûr que, dans l’esprit du citoyen lambda, la fin de ces élections marque autre chose que la disparition de ces petits spots kitschs dont seuls les partis politiques français ont le secret. D’ailleurs, dans cette course au vote, tous les coups étaient permis. Ce qui explique pourquoi un mystérieux adversaire a truqué le spot du parti communiste, créant un une bouse en pellicule qui dissuade de voter PCF. Lili P. avait juré que si ce spot ne relevait ni du second degré ni du sabotage, elle se ferait nonne. Elle vous écrit donc de son couvent, où elle a néanmoins connu les résultats des européennes.
L’abstention est historique, comme celle de 2004. Tous les taux d’abstention seront historiques, désormais. Inutile de chercher des raisons au peuple. Si ça ne le passionne pas, il s’en fout, il s’en empapoute. Lili ne comprend toujours pas la nature du vote en occident; à part sa dimension philosophique. Et saisit encore moins l’étonnement qui accompagne les taux d’abstention. Le choix de vote est une arme à double-tranchant. Le vote n’est pas un devoir et le citoyen n’est pas obligé de se donner les moyens pour faire entendre sa voix. Le vote n’est pas non plus un droit rigoureux ; il est donc cessible à la flemme et compromis par l’hésitation. L’abstention est logique.
Historique également, la belle union du Modem et du PS. Le PS et Bayrou se cassent joyeusement la gueule, unis dans la défaite, soudés dans la honte. Joyeuses noces.

En revanche, Europe Ecologie est LA révélation politique du moment. Un avènement qui étonne, mais que tous les fins analystes se targuent de comprendre. On nous somme que la programmation adéquate d’Home justifierait largement le succès des écolos. Hasard malin ou malin génie ? Cette programmation est prévue depuis longtemps, le 5 Juin étant une date fétiche pour nos amis environnementalistes. Elle a eu un impact, certes, puisque le film, malgré des relents alarmistes quelque peu casse-pieds par moments et très Al-Goriens au demeurant, est d’une beauté singulière qui s’articule autour d’un fond intelligent dont la consistance seule invalide l’usage desdits procédés manipulateurs. Ce documentaire a aidé, mais le succès des écolos ne revient pas à Yann-Arthus Bertrand, n’en déplaise aux complotistes qui crient à la manipulation tous azimuts. Cette attitude, venant du front national, parti abonné aux bassesses, ne choque que quand elle coïncide avec la victimisation ridicule de Bayrou, qui n’assume pas la médiocre image du centre qu’il a savamment véhiculé durant le débat de France 2. Avec ce « c’n’est pas ma fôte madâm », l’arène politique n’a pas fini de ressembler à une crèche.

Jalousie. Mesquinerie. Mes amours. L’émergence étourdissante de l’Europe Ecologie s’explique autrement. Beaucoup de paramètres entrent en jeu. La conscience, chez certains. La mode, chez d’autres. Et l’apolitisme, pour les derniers. Depuis le temps que l’on nous parle écolo, que l’on nous secoue pour mieux penser la nature, que l’on nous sensibilise sur les poumons noircis de notre progéniture future, il était temps d’avoir des résultats concluants. Certains crient à la fois au loup et au mouton – trop tard.
La montée en puissance de l’écolo-attitude, très bobo, rend une voiture hybride encore plus hype qu’un 4×4 rutilant, décidément trop gangsta-style. Il faut vivre son époque, et l’époque est au bio et à l’écolo. En vert et contre tous. Contre le centre en particulier, qui était jusque là une valeur refuge. Le MoDem bénéficiait du vote-planque. Mais la déchéance de Bayrou, alliée à la dimension responsable, apolitique ou non, des partis écologiques a logiquement a permis à l’EE de se hisser techniquement à la troisième place. En revanche, la deuxième marche ex-aequo, est le fruit du manque de charisme de Martine Aubry.
Au final, en ces temps de crise, en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne comme en France, la gauche a souffert. Pas étonnant. L’Europe est un Vieux-Continent. Et les seniors votent à droite.
La naine a trollé, et part labourer le potager du couvent.