Ingrid : Illustration du trop plein médiatique
Ingrid Betancourt est libérée. Six ans après. Il a fallu un matraquage médiatique en règle et un matraquage militaire. Pardon, c’était une opération militaire pacifique concernant les FARC. Non, ce n’est pas une antithèse. La fin justifie les moyens. L’on enlèvera enfin les immondes affiches de son visage émacié des voitures. Ou pire, les affiches la présentant avant sa capture, avec ses effroyables cheveux peroxydés et son regard bovin évoquant non point la blanche colombienne, mais le chocolat euphorique marocain. La stupide journaliste, connue pour se balader en Colombie tandis qu’elle briguait les présidentielles, est libérée. Une Ode à l’insouciance. Hourra !
Il serait prudent de devenir ermite pendant quinze jours pour éviter l’avalanche rose bonbon. Pas un média pour rattraper l’autre (de média). Pas un pour ne pas libérer l’autre (de Betancourt). Certainement pas le Web, avec des flux RSS pollués par une guimauve cuisinée pendant six ans et sirupeuse à souhait aujourd’hui. Encore moins la télévision, avec des éditions spéciales dédiées à l’insouciante notoire et à sa progéniture mielleusement prolixe. Et surtout pas la radio, que toute personne normalement constituée a choisi de bannir de sa vie après une l’écoute successive du rap Skyrock et des émissions de 20h avec des questions adolescentes qui indiquent une nette disproportion entre l’avancement culturel et la débauche précoce. C’est le sexe avec chantilly et fruit confit qui gagne, est-il besoin de le préciser.
Ce recul face au typhon assommant ne relève pas de la couardise. Mais de la remise en question. Cette opposition relève quant à elle du sophisme, merci. Cette libération, donc, ne va pas sans introduire derechef la célèbre omnipotence des médias que toute personne non sarkozyste a subi. Oui, les médias sont puissants. Abusivement puissants. Pour une fois, dans ces colonnes, l’on évitera les logorrhées un tantinet trop intellectualisées. L’on se contentera d’évoquer le tourbillon médiatique puant autour de la gamine Maddie. Il n’est pas cynique, mais réaliste, de rappeler qu’une disparition d’enfant n’est pas exceptionnelle. Non point que ce ne soit pas triste ou grave, m’enfin, de là à offrir des millions d’euros à des parents opportunistes et de leur faire rencontrer un pape agonisant (comme tous les papes, certes bis, bis) démontre les horribles possibilités des abus médiatiques. Honteux. Il y a des causes infiniment plus importantes. L’éradication des tecktocons ou la lapidation de Jack Lang, par exemple.
Pour revenir à l’échevelée franco-colombienne, elle a de la chance de ne point être une inconnue ordinaire et ainsi d’échapper au sort de dépouille moisie ignorée propre aux anonymes. Comme quoi, s’il y a un Dieu pour les ivrognes, il y en a un également pour les écervelés. De quoi devenir polythéiste, ma foi – si je puis dire.
Ouf, enfin moom nous revient !
et en plus, l’article tombe pile dans l’actualité
concernant la nouvelle Vierge, miraculée et adorée par des milliers d’adorateurs qui ne savent pas ce qu’elle a fait avant de ne rien faire pendant 6 ans, j’ai pas pu échappé au torrent de reportages sur elle hier soir, dans le “média de référence” qu’est le JT de TF1, 20h. Donc on a droit à facile 20 minutes sur la dame, annonçant sa libération, puis le bonheur de ses enfants, puis le bonheur de sarkozy (fallait bien qu’on le voit), puis le bonheur dans les villes ousqu’on décrochait ces si belles affiches, puis on revient à “l’information du jour”, qui est donc la libération d’ingrid betancourt, et on a droit de revoir l’image qu’ils ont déjà diffusé 4 fois, dans quatre reportages successifs.
Bref.
On ne parle que d’elle. On parle vaguement d’autres otages libérés (dont des américains, ouf, ils ne sont pas tous pauvres), on s’en fout du devenir des kidnappeurs, des conditions de détention, des autres otages toujours là bas, de la situation en Colombie, du “pourquoi elle s’est fait kidnappée”, etc. Non, ce qui importe, c’est que la Sainte soit revenue ! Alleluia
Ce soir, je prédis au moins deux reportages sur elle, plus des annonces comme quoi le monde va mieux, le pouvoir d’achat augmente, le chomage baisse, et les pauvres sont plus riches que des pauvres d’autre pays, et puis de toute façon, de quoi vous plaignez vous, vous vivez pas dans les conditions qu’ingrid quand elle était chez les FARC…
La bonne nouvelle, c’est que dans une semaine, tout sera oublié, et on reviendra à la grogne habituelle de la RATP/SNCF/La Poste…
Qui ouvre les paris sur le temps qu’elle va tenir recluse avant de vouloir réaffirmer un énième engagement et de croupir à nouveau chez les vilains méchants?
(NB: J’avais fait une coquille sur le mot “méchant”, les touches de mon clavier sont étrangement petites, j’ai appuyé sur le “l” au lieu du “m”. Ceci dit ça reste pas forcément si loin de la réalité: un gamin tous les 6 ans, c’est une bonne moyenne. Et puis ça fait passer le temps.)
Yeah !
Quel vitesse de rebondissement face à l’actualité !
Avoue que t’as écrit cet article il y a 5 ans.
Allez il faut voir les choses du bon coté : grace à Ingrid on n’a pas eu et on n’aura pas à se taper les noms des 3000 otages restant.
On tiens notre zemmour national … Il reste plus qu’à trouver un baffie qui tienne la route …
C’est dans ce genre de situations que je suis content de ne pas avoir la télévision.
c’est bien le moumou