Moom Light

La tribune des pensées médiocres

Leçon d’humour by le procès Quick/Frite

 

Les détails changent la manière dont est perçue une histoire. C’est le but, direz-vous. Mais il est rare, tout de même,  que ces mêmes détails modifient fondamentalement la nature d’une situation, qu’ils servent non point à apporter la nuance directive, mais à orienter entièrement un fait. C’est ainsi que le procès de la Frite, une belle fumisterie, nous fait voyager au fil des quatre formes d’humour. Cette liste se réfère aux catégories de blagues dressées dans le site labanane.org, et qui sont somme toute bien connues.

 

 

 

 

  • Première formulation :

 

 

C’est une femme qui marche. Et boum, elle tombe.

L’humour Carambar. Rien d’exceptionnel, pas plus au niveau de la blague qu’au niveau du fait lui-même.

 

  • Deuxième formulation :

 

C’est  une grosse patate qui rentre dans un restaurant Quick pour acheter des burgers à ses enfants. Elle se casse la figure sur une frite.

Cheddar, frites et cellulite. Humour gras. Le verdict est sans appel. 

*croque sa carotte bio*

 

  • Troisième formulation :

 

Il était une fois une  jeune mère de famille qui allait acheter des burgers à ses enfants. Jeune est évidemment hyperbolique, puisque la dame en question, Nicole Borgnon, est plus proche de la quarantaine que de la trentaine. Les années ont marqué  son visage, et les capitons ses jambes. En bonne mère indigne, elle se rend donc au fast-food pour nourrir ses enfants comme si sa propre corpulence ne l’avertissait pas assez des dangers de la malbouffe. Elle pousse la porte. Elle tombe. Elle qui  voulait des burgers, elle se mange une sacrée gamelle. Plutôt quadruple-fracture que double-Cheese.

Humour noir. Ce n’est pas toujours subtil. C’est méchant pour les uns, jouissif pour les autres.

C’est également de l’humour douteux… puisque ce n’est pas spécialement drôle.  

 

  • Quatrième formulation :

 

22 Décembre 2008. Une rémoise âgée de trente-huit ans, Nicole Borgnon, a chuté lourdement en entrant dans un restaurant Quick, probablement à cause d’une frite. Conséquence : une quadruple-fracture du genou droit. Hospitalisée longuement, sa convalescence plâtrée a provoqué deux embolies pulmonaires successives. La jeune femme pourrait bien ne plus marcher. La victime porte plainte, contre qui ? Contre Quick, pardi ! Elle se serait  coincée le talon dans le paillasson avant de glisser de la jambe gauche sur La Frite. Et demande 100.000 € en réparation du préjudice dont elle incombe l’entière responsabilité au magasin Quick.

 

Assurément de l’humour absurde.

Pourquoi ?

D’une part, parce que personne n’est sûr de l’existence de cette frite. Malika, manager au Quick incriminé, assure que la plaignante s’était mal essuyée et qu’il n’y avait pas de frite par terre tandis que la famille Borgnon jure, ad infinitum, que le temps était sec, « qu’il gelait ». [Source : le Figaro]. Comme si cette allégation prouvait qu’elle ne pouvait pas glisser  (Il n’y avait pas de pluie, juste du verglas.)

Pour prouver ses dires, Nicole Borgnon aurait gardé la dite chaussure avec La Frite comme pièce à conviction, comportement incontestablement bizarre. Par ailleurs, cela ne prouve ni l’origine de la frite ni sa responsabilité dans la chute : au pire, la frite est moisie, au mieux elle a été congelée.

 

D’autre part, quand bien même il y aurait eu une satanée frite, la responsabilité du restaurant n’est pas entièrement engagée. Certes, un magasin doit assurer la sécurité de ses clients et la praticabilité du sol, mais force est de constater que les restaurants Quick sont toujours impeccables. Et qu’exiger une balayette avant et après chaque client relève plus de la caricature que du bon sens, parce que l’on porte plainte dans ces conditions lorsque l’incident aurait pu être évité pas lorsque l’entreprise est très pointilleuse question hygiène et sécurité. Autrement, quand bien même cette frite aurait un rôle, elle ne pourrait être entièrement responsable d’une chute aussi grave.

À mettre sur le banc des accusés, donc, le fabricant de la chaussure qui visiblement avait des prédispositions à déraper, le producteur des matériaux du sol qui aurait pu être moins glissant, le responsable de la disposition inadéquate du paillasson. Et puis, la dame elle-même et ses manies alimentaires, dont la chute aurait été moins lourde si elle avait été moins grasse. 

 

Ce procès est une arnaque qui ne profite qu’à une opportuniste, malheureuse certes, mais opportuniste tout de même ainsi qu’à un avocat véreux (une raclure qui fut l’avocat de Saddam Hussein). Argent ou pas, il n’y aura pas de dédommagement significatif pour pareil handicap. Alors qu’au contraire, un laxisme face à une procédure aussi abusive encouragera une tendance sociale détestable : à savoir l’hypochondrie judicaire cupide et la victimisation systématique et vénale.

Morale : Quand on n’a pas la frite, il n’est vraiment pas utile de la poursuivre en justice.

 

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10 Responses to “Leçon d’humour by le procès Quick/Frite”

  1. B.

    Deux articles en deux jours ; attention au surmenage !


  2. La connerie américaine nous envahit !

    Sinon, tu n’as calé que deux fois le mot “gras”, ça va, quand même? ^^


  3. B. > Toujours insatisfait O:)

    Nomogo > Je ne vois pas pourquoi tu dis ça (a) !

  4. Monsieur Mystère

    J’ai appris une nouvelle expression, aujourd’hui : avoir la frite.

    Hum, ce sera sûrement du plus bel effet dans mes grands diners, lorsque je m’entretiendrai avec des mondains sirupeux… ah, merci !


  5. Moom -> je dis ça, parce que d’habitude, tu parles beaucoup de gras.

  6. Moom

    Nomogo > Pas tant que ça !
    Bûcheron > Des mondanités québécoises ? Oxymore.


  7. Moom, j’apprécie souvent tes coups de gueule mais la je ne suis vraiment pas d’accord.

    Il n’y a absolument rien de honteux, de véreux ou quoi que ce soit dans cette affaire en réalité banale.
    Des magistrats jugent tous les jours ce genre de cas.

    Explication ;

    L’article 1384 du code civil dispose entre autres (il est un peu long) que l’on est responsables des choses dont on a la garde. http://tinyurl.com/6lvxfq
    La garde, juridiquement parlant s’entend “de l’usage, du controle et de la direction” sur la chose.
    Il s’agit d’une responsabilité “objective”, c’est à dire exclusive de toute notion de faute.
    Dans ces conditions dès lors qu’une “chose” a été à l’origine d’un dommage la victime peut demander réparation à son gardien.

    En l’espèce :
    - une frite est une chose et à fortiori le sol d’un restaurant en est une
    - le propriétaire du restaurant est le seul à en avoir la “garde”

    Si un personne a chuté gravement et qu’elle a été blessée je ne vois rien de choquant à ce qu’elle soit indemnisée. (d’autant que le restaurant est nécessairement assuré à ce sujet)
    Parce qu’il ne s’agit pas d’une plainte (la plainte c’est au pénal) mais d’une action civile en responsabilité (à finalité indemnitaire donc)

    Au surplus la somme de 100.000 euros réclamée n’est pas arbitraire elle est fonction du préjudice subi par la victime qui dans ce type d’affaire est toujours examinée par un médecin expert.
    Les juridictions françaises, fidèles à la règle selon laquelle on indemnise “tout le préjudice mais rien que le préjudice”, ne sont d’ailleurs pas réputées pour être généreuses.

    Pour te donner une idée de la manière dont cela fonctionne voici un exemple de décision rendue dans une affaire analogue http://tinyurl.com/5lo34a

    Pour l’anecdote j’ai récemment eu à m’occupper d’un dossier d’indemnisation d’un personne qui avait été bléssée gravement en chutant sur le parking d’une grande surface.
    L’adversaire n’est finalement pas allé au procès car son avocat lui a confirmé que sa responsabilité était entière et incontestable.

    Je suis un peu virulent sur le coup mais il y a suffisamment de choses qui vont mal dans notre justice sans qu’on vienne en plus critiquer celles qui sont pas trop mal faites ;-)

  8. Hicham

    C’est l’histoire d’une fille qui pèse à peine 50 kg qui se moque d’une dame semi-remorque …
    ^_^


  9. Hicham > 43, s’il te plaît. Me grossis pas, euh !

    Feufol > “véreux” ne qualifie que l’avocat de la plaignante, qui, depuis l’affaire Saddam et toute immorale que je suis, me sort par les trous du nez. Oui je suis subjective.

    Et ce n’est pas tant la justice que je fustige, mais ce maniérisme américain. Justement, je pense que les textes de lois que tu cites constituent une “niche juridique”, que d’aucuns n’hésitent pas à exploiter pour peu qu’ils en aient l’occasion.
    C’est peut-être une attitude normale, m’enfin, je ne peux m’empêcher de la blâmer. Non pas au nom de quelque moralité, mais je hais l’opportunisme.

    Et comme je l’ai dit, cette frite, on ne sait même pas si elle existe. ^^

    (Mais uuu, j’aime bien les virulences).

  10. Tchit

    LOL ! Mais moi j’ai lu l’article sans imaginer un seul instant que ça faisait référence à une histoire vraie !!
    Je me disais que tu faisais preuve de beaucoup d’imagination et voilà qu’en lisant les commentaires je me rend compte que ce n’est pas de la fiction.

    feufol : Ton manque d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle me fait un peu peur quant à l’état de notre monde. Déformation professionnelle ? Rien de mieux à faire, la justice ? Tu ne te rends pas compte du (banal) niveau d’absurdité que peuvent atteindre ce genre d’affaires ? C’est assez effarant.
    Cependant je ne blame pas la “victime”. Elle a l’intelligence d’essayer de profiter d’un système. Si elle gagne cet argent, alors c’est une belle opération.

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